Aller au contenu principal
Fermer

Sept tonnes de drogue en plein Paris: jugement attendu pour l'ex-chef des stups
information fournie par AFP 31/03/2026 à 07:18

Le commissaire François Thierry, ex-patron de l'Office des stupéfiants, au palais de justice de Bordeaux, le 2 mars 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

Le commissaire François Thierry, ex-patron de l'Office des stupéfiants, au palais de justice de Bordeaux, le 2 mars 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

Le tribunal correctionnel de Bordeaux rend mardi (14h00) son jugement concernant un ex-patron de l'Office des stupéfiants, jugé pour complicité de trafic de drogue, et son principal informateur, poursuivi pour avoir acheminé sept tonnes de cannabis découvertes à Paris en 2015.

Dans ce dossier "hors norme" qui a conduit à réformer la lutte anti-drogue en France, le parquet a requis la relaxe du commissaire François Thierry et réclamé 20 ans de prison, peine maximale encourue, contre son ancien "indic" Sophiane Hambli, absent au procès car détenu au Maroc.

Une décennie d'enquête, 70 tomes de procédure, près d'un mois d'audience... À partir de cette masse d'éléments, les trois magistrats du tribunal doivent se prononcer sur l'éventuelle responsabilité du policier (58 ans ce mardi), soupçonné d'avoir "favorisé" cet arrivage record au profit de son informateur, un trafiquant chevronné ayant précédemment permis de démanteler des dizaines de réseaux.

"On vous reproche d'avoir aidé ou assisté à la commission d'un trafic par les choix que vous avez opérés", a résumé la présidente du tribunal à l'audience.

- "Piètre image" -

Tout au long des débats, l'ex-patron de l'Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis) a défendu la stratégie "Myrmidon" mise en place pendant son mandat (2010-2016): infiltrer des filières grâce à des "indics", quitte à laisser entrer la drogue sur le territoire, pour ensuite appréhender les têtes de réseau.

Pour l'une de ces opérations, le commissaire avait notamment organisé une garde à vue fictive de Sophiane Hambli en 2012. Il a été acquitté pour ces faits en 2024 à Lyon.

En 2015, une autre de ces affaires conduit les douanes, sur fond de guerre des services, à découvrir, dans plusieurs fourgonnettes boulevard Exelmans (Paris XVIe), la drogue censée être "surveillée" par la police. "Un naufrage opérationnel", a reconnu l'ex-chef de l'Ocrtis à la barre.

"Si on peut estimer que François Thierry a une lourde responsabilité dans le fiasco d'octobre 2015, si j'estime qu'il a donné une assez piètre image de la police et de la lutte contre le trafic de stupéfiants, je ne suis pas convaincu par sa responsabilité pénale", a estimé le procureur dans ses réquisitions.

Dans ce dossier dépaysé à Bordeaux, le parquet avait déjà requis, au terme de l'enquête, un non-lieu concernant le policier. Mais les juges d'instruction l'ont renvoyé devant le tribunal pour complicité de trafic et destruction de preuves.

- "Diable" -

Celui qui dirige désormais le service de la transformation numérique (STN) de la police nationale a-t-il manqué à son devoir d'information de l'autorité judiciaire lors de cette "livraison surveillée"? Lui martèle avoir informé le parquet de Perpignan de l'entrée de la drogue sur le territoire et n'avoir jamais "voulu dissimuler quoi que ce soit".

A-t-il négligé la surveillance de la cargaison, arrivée du Maroc via l'Espagne, transférée près de Lyon puis en région parisienne? "Quand mes hommes sur place me disent: +c'est trop dangereux (de surveiller)+, j'ai tendance à les croire!", a lancé le commissaire, avançant également un manque d'effectifs.

A-t-il, enfin, franchi "les limites" dans sa relation avec son informateur ? Le policier a nié tout "affect" envers lui et plaidé la nécessité de s'en remettre à des sources sulfureuses pour obtenir des renseignements précieux.

"Je comprends que ça pose des questions, ça nous en pose en permanence. Vous avez l'impression de partager votre cuillère avec le diable", a résumé François Thierry.

Sophiane Hambli (50 ans) soutient, lui, n'avoir été que le simple "logisticien" d'une opération validée par l'Ocrtis, et non le "commanditaire" d'une livraison dont l'ampleur fait débat: entre 12 et 40 tonnes, 15 ayant été saisies entre Paris, Ancenis (Loire-Atlantique) et la Belgique.

Quinze autres prévenus seront fixés mardi dans ce dossier très médiatique qui a inspiré un film et plusieurs livres: le parquet a notamment requis 10 ans de prison contre Hakim Hambli, frère de Sophiane, ou contre "Grincheux", ex-"homme à tout faire" du trafiquant.

En outre, l'avocate des douanes a réclamé 33 millions d'euros d'amende douanière à l'encontre de neuf des prévenus.

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

Pages les plus populaires